Mot du chef de cordée

Nice, le 1 Décembre 2008

 

La maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique sont des affections voisines regroupées sous l’acronyme MICI (Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin). Elles ont en commun une atteinte inflammatoire de l’intestin sous l’effet de facteurs génétiques, immunitaires et environnementaux ainsi qu’une évolution chronique, souvent invalidante, qui alterne poussées évolutives et phases de rémission. On estime que plus de 200 000 personnes en France sont atteintes de MICI. Encore peu connues, mais trop fréquentes pour faire partie des maladies orphelines, les MICI dont le nombre de nouveaux cas augmente régulièrement, deviennent un véritable problème de santé publique. En effet, si elles ont une influence heureusement assez faible sur la mortalité, elles ont un fort impact sur la qualité de vie des sujets atteints avec un recours important à des soins médicaux et chirurgicaux. De plus, elles touchent des personnes jeunes à un âge où la maladie a un retentissement important sur les études, l’obtention d’un emploi, la possibilité de faire du sport, d’avoir un enfant, d’obtenir un prêt, etc…

Au cours des dix dernières années, d’importants progrès ont été réalisés dans la compréhension des mécanismes physiopathologiques des MICI et des traitements. On sait maintenant que les MICI sont dues à l’activation anormale du système immunitaire intestinal probablement par une bactérie sur un terrain génétiquement prédisposé. D’autres facteurs environnementaux sont en cause comme par exemple le tabac dont le rôle dans la survenue et la gravité de la maladie de Crohn est maintenant bien démontré. La responsabilité du stress, longtemps discutée, est également de plus en plus évoquée mais le mécanisme par lequel il pourrait agir reste imparfaitement connu. Récemment, de nouveaux traitements puissants qui s’opposent à la sécrétion d’une cytokine pro-inflammatoire produite en excès au cours de la maladie, le TNF-alpha, ont été développés et ont révolutionné la prise en charge des formes graves de ces maladies.


Mais ces traitements, non dénués d’effets secondaires, ne règlent pas tout, surtout en raison de la survenue possible d’intolérances ou d’échappements thérapeutiques. Ainsi, malgré les progrès récents, de très nombreux domaines restent obscurs au cours de ces maladies sur le plan immunologique, génétique, bactériologique et thérapeutique. De nouvelles biothérapies basées sur le blocage d’autres substances pro-inflammatoires ou au contraire sur l’administration de cytokines anti-inflammatoires sont en développement. Par ailleurs, les premiers essais de thérapie cellulaire sur lesquels d’importants espoirs sont fondés, viennent de débuter.

 

Cette cordée qui associera des malades, des professionnels de santé et des guides de haute montagne chevronnés, permettra de montrer que malgré la maladie il est possible, lorsqu’on le veut vraiment, de vivre normalement et d’oublier son handicap le temps d’un exploit sportif. Par ailleurs, la médiatisation de cette aventure permettra de mieux faire connaître ces maladies encore peu connues. Nous souhaitons que la parole soit donnée aux malades afin qu’ils expliquent leur vécu et leur combat. Une meilleure reconnaissance des MICI par le grand public et les autorités permettra sans doute d’obtenir plus de moyens pour la recherche, afin de progresser sur la compréhension des mécanismes de ces maladies et sur la mise en place de traitements vraiment innovants et bien tolérés pour qu’un jour on ne parle plus de rémission mais de guérison.

 

 

Pr Xavier Hébuterne
Chef du Service de Gastro-entérologie et Nutrition au CHU de Nice
Professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Nice Sophia-Antipolis

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