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LE MONT ROSE
Ah, le Mont Rose...2nd massif alpin le plus haut d’Europe après le Mont Blanc ; il est situé à la frontière entre la Suisse et l’Italie. Son
point culminant est la Pointe Dufour à 4634m. Son nom vient du patois valdôtain rouésa qui signifie « glace » (du latin rosia). Le Mont Rose comporte dix pics
distincts et pour nous, la destination est la Pointe Gnifetti culminant à 4554m. Pour la plupart d’entre nous, c’était quelque chose d’inimaginable il y a de ça 10 mois, date de début de
l’aventure. Nous sommes tous heureux d’en être déjà arrivés là et il nous tarde de savoir jusqu’où nous allons pouvoir monter ; allons-nous avoir le mal des montagnes ?
Nous avons
tous RDV samedi matin à 7h30 à Nice pour prendre la route ensemble. Il nous faut compter environ 4h de trajet pour parvenir à Gressoney-la-Trinité en Italie, lieu de départ du
téléphérique (environ 1800m d’altitude). Une fois tout le matériel chargé, nous partons à 3 véhicules dont un minibus pour ce week-end alpin…nous nous arrêterons une seule fois sur la
route pour boire un petit (très petit) café italien et nous arriverons à destination vers midi. Le Val d’Aoste est magnifique et la dernière demi-heure de voiture nous dévoile déjà des
paysages splendides.
Nous nous
installons alors en terrasse d’un restaurant pour déguster un bon plat de pâtes avant de partir. Nous sommes tous très excités d’être là et nous profitons de ce moment pour poser quelques
questions à nos 3 guides : que faut-il monter pour manger dimanche ? aurons-nous la possibilité de remplir nos gourdes au refuge ? comment se vêtir au mieux pour
l’ascension ?…Après un autre (très petit) café italien, nous commençons alors à nous équiper : piolets, crampons, baudriers, cordes, lampes frontales…sans oublier de nous
« élastoplaster » les pieds avant de mettre nos chaussures !
Il est
environ 14h30 quand nous prenons le téléphérique qui va nous monter vers 2900m d’altitude. Le refuge où nous allons passer la nuit se trouve à 3498m et une marche d’approche d’environ 3h
nous attend pour y parvenir. La météo est avec nous et nous pouvons alors très bien observer le massif environnant. La randonnée commence dans la rocaille d’emblée et après quelques
passages raides où des cordes ont été installées pour aider au passage, nous nous retrouvons sur une arête où le côté droit est envahi par la brume et le côté gauche ensoleillé : nos
ombres forment alors des spectres de broken, phénomène lumineux assez rare survenant en montagne. Plus loin nous rencontrons les premières neiges ; pas besoin de crampons
aujourd’hui, nous la traversons seulement par endroit. Une belle dernière montée dans les caillasses nous attend avant d’arriver au refuge de Mantova qui va nous accueillir pour dîner,
dormir et petit déjeuner.
Nous
commenceront à marcher vers 5h du matin et nous nous apercevons alors que nous ne sommes vraiment pas les seuls à vouloir gravir ce Mont Rose. Un peu plus haut que notre refuge se trouve
un second refuge qui devait être aussi plein que le nôtre : nous devons être environ 200 personnes à nous suivre à la frontale…c’est assez irréel comme spectacle ; une
procession de petites lumières qui s’enfuit vers les sommets ! Tous encordés, crampons aux pieds et piolets à la main, nous entamons l’ascension avec un peu d’appréhension pour
certains et beaucoup d’excitation pour tous. Notre groupe partira à 5 cordées qui ont été formées par les guides en fonction de nos capacités à monter plus ou moins haut.
Au début,
nous arriverons à nous suivre un petit bout de chemin mais arrivés à la deuxième butée, nous nous séparerons. Le paysage est époustouflant : crevasses et séracs nous rappellent que
nous sommes bel et bien en haute montagne et qu’il faut faire attention aux risques qu’elle représente. La lumière est exceptionnelle au début du lever du soleil et nous avons eu beaucoup
de chance avec la météo : le ciel est clair et nous dominons une mer de nuages. De là, nous pouvons observer l’arête du Liskamm et la Pyramide Vincent. Devant nous se trouve alors
une vaste étendue menant au Col du Lys. Une première cordée s’arrêtera non loin de là, vers 4050m ; ils auront atteint leur objectif propre : dépasser les 4000 ; déjà un
très bel exploit pour des gens qui étaient encore il y a peu sur la table d’opération !
Les 4
autres cordées monteront toutes jusqu’au Col du Lys à environ 4200m mais toutes ne pourront pas s’attendre en raison du froid et des objectifs de chacun. De là, nous pouvons alors voir la
Pointe Gnifetti. Sur celle-ci est situé le plus haut bâtiment et refuge d’Europe, le Régina Margherita, à 4554m. Il y a aussi un relais météorologique et un centre de recherche sur les
pathologies liées à l’altitude. Le spectacle au Col est une fois de plus magnifique ; tant de sommets mythiques (dont le Cervin) nous entourent que nous ne savons plus où donner de
la tête. Deux cordées partiront à l’assaut de Gnifetti et deux autres préféreront monter au Ludwigshöhe à 4341m dont on voit très bien le sommet qui semble assez étroit vu d’ici.
Pour aller
boire un verre au refuge Régina Margherita, il nous faut encore traverser une belle combe. Les pas commencent à se faire plus lents, nous ressentons quelque peu les effets de l’altitude
sur nos organismes. Arrivés sous le refuge, nous entamons alors une pente plus raide pour pouvoir sortir en crête. Nous longerons celle-ci jusqu’au refuge qui nous attend. Là, nous nous
dés encorderont et enlèveront nos crampons pour rentrer dans ce bâtiment un peu surréaliste à cette altitude ! La vue de la terrasse est indescriptible ; sous nos pieds, c’est
plein gaz mais nous nous sentons bien et sommes fiers d’être parvenus à notre objectif. Nous voulons montrer qu’en période de rémission et malgré des traitements médicamenteux pénibles,
la maladie n’empêche pas les victoires sur soi-même. Aujourd’hui, c’est chose faite et ce pour toutes les cordées car nous sommes tous allés au bout de nos capacités.
La descente
se fera dans la plénitude. Nous sommes vraiment heureux d’y être allés, d’en avoir pris plein les yeux…la montagne , ça vous gagne ! Une petite pause déjeuner près du refuge Mantova
qui nous accueilli pour la nuit et nous reprenons le même chemin que la veille pour redescendre jusqu’au téléphérique.
Nous retrouvons nos voitures vers 15h30/16h et sommes impatients de quitter nos chaussures et nos vêtements ici trop chauds.
Nous sommes lessivés, nous avons mal aux pieds et il nous faut encore reprendre la route pour rentrer…mais pas avant le traditionnel verre de l’amitié ! Vive la cordée des MICI…une
aventure où se mêlent joies et peines, une aventure humaine et sportive extraordinaire.
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